| La plupart des cimetières bruxellois ont été créés
à la fin du XVIIIe siècle. En 1784, l'empereur
Joseph II ordonna la disparition des cimetières existant autour
des églises, sauf dans les zones rurales. Il fut également
interdit d'inhumer les défunts dans les églises.
Bruxelles créa alors trois cimetières: le cimetière du quartier Léopold (près de la rue du Noyer) et ceux de St-Gilles et de Molenbeek-Saint-Jean. Ce dernier a été inauguré le 16 août 1864. Ses galeries funéraires furent conçues plus tard (à partir de 1880) et en plusieurs phases (la dernière datant de 1907). Déjà courante à cette époque en Italie et en Espagne, la construction de galeries funéraires s'est développée à Bruxelles à partir du dernier quart du XIXe siècle. En 1876, le cimetière de Laeken est le premier cimetière bruxellois à se doter de cette forme spécifique d'architecture funéraire. Molenbeek, Saint-Gilles et Watermael-Boitsfort suivirent rapidement cet exemple.![]() Les galeries funéraires de Molenbeek sont particulièrement remarquables. Elles forment un bel ensemble de style néoclassique et sont déterminantes pour l'image du cimetière. Les proportions et la sobriété du style architectural confèrent à l'ensemble un caractère majestueux. Elles sont l'oeuvre des architectes R. Rysmans et J.B. Janssen. Les galeries funéraires font partie d'un patrimoine rare et trop méconnu. Celles de Molenbeek sont parmi les plus belles de la Région de Bruxelles-Capitale; elles ont été classées en avril 2007 à l'intiative du Secrétaire d'État Emir Kir. L'arrêt de la Cour de Cassation du 13 février 1864 confia la gestion des cimetières au pouvoir civil et leur caractère strictement religieux fut supprimé. C'est d'ailleurs suite au refus d'un curé d'inhumer ailleurs que dans le coin des réprouvés les enfants non baptisés ou un colonel libre penseur que le bourgmestre ucclois Hubert De Fré fit acquérir en 1867 le Dieweg et décida de sceller les cimetières paroissiaux. Dès cet instant les vivants érigèrent stèles et monuments pour identifier leurs morts. Nombre de grands sculpteurs et architectes belges signèrent des tombes qui sont autant de pièces uniques: Victor Horta, Julien Dillens, Jacques de Lalaing, Adrien et Yvan Blomme... A Woluwé-St-Lambert, le parc Georges Henri a été construit sur l'ancien cimetière d'Etterbeek, désaffecté, où 45 000 personnes ont été enterrées entre 1900 et 1965. De nombreuses concessions ont été transférées. A ceux que l'idée de marcher sur des tombes scandalisait, l'on répondra qu'à St-Pierre de Rome tout un chacun marche sur la tombe des papes... Et l'on se souvient moins que le Petit Sablon fut, jadis, le cimetière de l'hôpital St-Jean ! Cheminer lentement dans les allées d'un cimetière à la découverte des tombes aux noms célèbres est une aventure pleine de surprises et d'émotions. Un retour aux sources de l'histoire, de la littérature ou des arts. Au Dieweg, reposent l'architecte Paul Hankar, le ministre Charles Woeste, le baron Lambert, la féministe Isabelle Gatti de Gamond et Hergé, le père de Tintin. A Laeken, où un original du Penseur de Rodin trône devant l'entrée, la tombe de l'architecte Poelaert est surmontée d'un monument qui rappelle le Palais de justice et celle du promoteur immobilier Charlie De Pauw, un immense caveau recouvert q'une grande dalle de granit, évoque irrésistiblement un parking! On peut aussi y voir la tombe de l'écrivain Michel de Ghelderode, celle d'Adolphe Delhaize et de François Vaxelaire (fondateur du Bon Marché). Ainsi que la tombe de la Malibran, qui donna son nom de cantatrice à la maison communale d'Ixelles, sa résidence. Le cimetière d'Ixelles, lui, accueille les dernières demeures du général Georges Boulanger (qui se suicida sur la tombe de son amie Marguerite), de Victor Horta, de Jules Bordet mais aussi de Louis Empain et d'Ernest Solvay. Le compositeur et violoniste Eugène Ysaye, ami de la reine Elisabeth, repose aussi à Ixelles. Le mausolée de Charles Rogier est au cimetière de St-Josse: le père de l'indépendance belge y a été transféré en 1891. A l'Enclos des fusillés, rue Colonel Bourg à Schaerbeek, près de la RTBF reposent 365 héros des deux guerres mondiales dont Edith Cavell et Gabrielle Petit. |