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CONTRE-COURANT … POUR PLUS DE COURANT
Le gouvernement fédéral belge a donc décidé d'organiser l'abandon progressif de l'énergie nucléaire entre 2015 et 2025. La question de savoir quels substituts il sera possible de développer n'a pourtant guère trouvé de réponse satisfaisante... L'existence d'un potentiel important de réduction de la demande en électricité a toutefois été clairement mise en avant comme un élément essentiel de cette réponse: si on consomme moins, il y a moins à trouver de substituts à l'énergie nucléaire. La commission Ampère chargée d’étudier le futur de l’électricité en Belgique a été critiquée pour avoir négligé d'explorer suffisamment cette perspective de réduction de la demande électrique. A vrai dire, cette critique est en partie pertinente: le manque d’imagination des scénarios d’avenir est un point faible des travaux de la commission. Mais les critiques sont tout aussi défaillants qu' Ampère en négligeant la possibilité d’une politique future d’encouragement du recours à l’électricité. Or, cette option pourrait bien être un choix inévitable, pour des raisons économiques autant qu’écologiques. Économiquement, la contrainte qui risque de surgir assez rapidement dans le champ de la politique énergétique est l’épuisement progressif des gisements pétroliers, dont certains experts annoncent l'amorce avant la fin de la décennie (modèle de Laherrère et Collins). Le gaz naturel bénéficierait d’un sursis d’une bonne vingtaine d’années, peut être moins si la pénurie pétrolière devait, par ricochet, engendrer un boom de la consommation de gaz. Notre économie est toujours extrêmement dépendante vis-à-vis de ces deux combustibles fossiles, et notre vie quotidienne - chauffage domestique et déplacements - l’est tout autant si pas plus. Préparer la reconversion énergétique vers d’autres sources devrait être une priorité. Écologiquement, c’est le réchauffement climatique, déjà perceptible, lié en particulier aux rejets de dioxyde de carbone provenant de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz naturel, qui va nous imposer cette reconversion énergétique. On mesure mal l’ampleur de l’objectif à atteindre. A terme, pour stabiliser le climat, les rejets de C02 devront être réduits, en moyenne mondiale et pour une population portée à dix milliards d’êtres, à environ une tonne de C02 par an et par habitant. Actuellement, la Belgique dépasse 12 T par an et par habitant! Clairement, il est illusoire de penser s’approcher de l’objectif simplement par une politique de sobriété énergétique, même si celle-ci est un élément tout à fait essentiel de la réponse. Une reconversion énergétique quasi totale vers des sources d’énergie sans émission de dioxyde de carbone est inéluctable ! Cela est vrai en particulier pour les deux secteurs qui touchent le plus à notre quotidien: le chauffage des bâtiments et le transport. Comment chacun d’entre nous pourrait-t-il accomplir sa part de l’énorme réduction de rejets, une fois réalisées les économies d’énergie possibles? Certes, un appoint de chauffage solaire peut nous aider, mais il est notoirement insuffisant pour couvrir les besoins sous notre latitude. Il sera donc essentiel de pouvoir s’approvisionner grâce à un vecteur énergétique permettant de ne pas causer de tel rejets. Pour l’avenir, deux vecteurs sont envisageables: l’électricité et l’hydrogène ( H ), pour autant qu’on les produise sans émission de C02. L’H est encore loin de la maturité technologique et économique. Qu’il soit possible de le produire à suffisamment bon compte, sans émettre de CO2 (il est actuellement obtenu principalement à partir du gaz naturel, avec émission de CO2) et de le transporter en toute sécurité dans des réseaux à grande échelle n’est pas prouvé. L’alimentation de véhicules à hydrogène est techniquement possible à assez brève échéance et c’est sans doute le créneau où l’usage de l’H pourra amorcer son développement. Par contre, quand on voit les dégâts déjà causés par le gaz, on peut se demander si un usage sûr de l’H sera un jour possible dans notre environnement domestique réel. Bref, que l’H devienne un jour un vecteur énergétique universel est loin d’être acquis et nécessite encore pas mal de développements. Par contre, les technologies de production, distribution et utilisation de l’électricité sont bien maîtrisées, le réseau de distribution existe et un nombre significatif de bâtiments sont déjà chauffés à l’électricité à un coût abordable même s’il est supérieur à celui du mazout ou du gaz. L’électricité convient moins bien à la voiture, mais aucun obstacle sérieux n’existe à un important développement du transport électrique pour de nombreux usages où les parcours sont limités ainsi que dans les transports en commun. Est-il possible de produire l’électricité sans émettre de CO2? Oui, grâce aux centrales nucléaires, hydrauliques et éoliennes. Nos voisins français produisent déjà 9 kwH sur 10 par ces techniques. Pourraient s’y adjoindre rapidement, mais de façon assez marginale, des centrales utilisant la biomasse. Et à l’avenir, des centrales solaires ainsi que des centrales à combustible avec capture et stockage du CO2. Cette dernière technique n’est pas applicable au chauffage des maisons où les sources de C02 sont trop dispersées, ni a fortiori au transport où elles sont mobiles. Elle pose un problème non négligeable: où stocker ces quantités énormes de C02 pour l’éternité? Mais elle pourrait néanmoins jouer un rôle important dans les pays qui, comme la Belgique, sont pauvres en énergies renouvelables. Ainsi, il apparaît vraisemblable que l’électricité devra jouer à l’avenir un rôle essentiel dans le développement des substituts aux combustibles fossiles. Il est raisonnable, voire indispensable, d’examiner dès à présent des scénarios impliquant un développement très important de la production (sans CO2) et de l’utilisation de l’électricité d’ici un petit nombre de décennies. Il est regrettable que certains blocages, idéologiques ou économiques, rendent actuellement cette évidence quasi "politiquement incorrecte”. François TONDEUR
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| Version originale publiée
le 12 juillet 2001
dans le jouranl Le Soir |