photomontage de l'AAU
Heron Plaza

Le nouveau nom du projet dessiné par l'Atelier d'art urbain, établi en collaboration avec les habitants et les commerçants, dans un modèle de démarche participative qui fera sans aucun doute exemple à Bruxelles !
Le 24 juin 2002, la commission de concertation de la commune d'Ixelles a donné un avis favorable pour ce nouveau complexe de 32 000 m² comprenant un hôtel et 8 000 m² de logements.
Six maisons, rue de Stassart, seront gérées comme des logements sociaux.

C'est l'épilogue d'une très longue saga dont les éléments principaux sont rappelés ci-dessous.

Epilogue est un mot mal choisi ! Voir la fin de la page ! !!

 

Heron City :

déterrer la hache de guerre 
ou fumer le calumet de la paix ?
 
 

Le strass et le rêve offerts par les vitrines de l’avenue de la Toison d’Or occultent trop souvent les quartiers d’habitat intérieurs à Ixelles. Mais tout promeneur, même très avide de soldes, aura vite remarqué que sur l'un de ses tronçons, la belle avenue fait grise mine. Et pour cause, derrière elle, tout le quartier chavire. Une multinationale anglaise, Heron City, propriétaire de la moitié de l’îlot Toison d’Or – Drapiers – Stassart – Chevaliers n’a d’autre but que de raser le quartier pour construire un centre commercial démesuré. 
Heron City, pourtant débouté deux fois en commission de concertation, s’est, jusqu’aujourd’hui, comporté comme un ouragan dévastant tout sur son passage.

Le tumulte des incidents suscités par les expulsions de la multinationale Heron ne peut abuser personne. Avec ses produits, ses gabarits de magasins surdimensionnés, son architecture industrialisée, ses distributions culturelles pasteurisées, la dérégulation urbanistique et la suffocation du droit au logement, c’est la mondialisation qui est en marche Porte de Namur.

Ces promoteurs auxquels nous sommes confrontés semblent avoir oublié leurs bonnes manières de l’autre côté de la Manche. Au lieu de nous faire découvrir les joies et la tranquillité du Tea Time, c’est sans aucune mise en demeure, pas même un simple courrier, qu’ils ont cité tous les habitants et tous les commerçants en justice de paix pour évacuation immédiate ! La situation était pour le moins cocasse, vu qu’aucun de leur projet n’était accepté, ni même un nouveau proposé à l’enquête publique. 

Voitures séquestrées, habitants expulsés …pour rien !

Pas encore assez contents d’eux, trouvant nos institutions juridiques trop lentes, ils ont vite opté pour la voie du fait accompli. Pourquoi attendre le verdict d’un juge pour apposer des palissades et condamner toutes les issues des parkings de l’îlot ? Pourquoi prendre la peine de prévenir les locataires du parking ? Ainsi donc plusieurs utilisateurs du parking se sont retrouvés nez à nez avec une planche en bois leur interdisant de récupérer leurs véhicules coincés à l’intérieur ! Les dégâts matériels ne suffisant pas, il a fallu également nuire à la qualité de vie de notre quartier. 

N’avions-nous pas déjà assez de murs aveugles, noirs ou sales ? Et bien maintenant, chanceux que nous sommes, sept vitrines sur les neuf que compte l’avenue de la Toison d’Or sont vides. Et la belle fresque colorée de la rue des Chevaliers est cachée derrière …des panneaux d’aggloméré !

Le jour où le sort semble nous sourire en justice, Heron décide d’expulser par la force les habitants d’une maison de maître. Pour être obligé de les réintégrer dans leur habitat une demi-heure après … sur décision de justice ! 

XL-Nord est né !

La coupe était pleine. Heureusement nous nous étions constitués en comité de quartier. XL Nord  est né ! Forts de nos réunions mensuelles rassemblant à chaque fois une quarantaine de personnes, de nos nouveaux groupes de travail ; c’est notre dynamique de quartier qui se dresse contre la mondialisation. Campagne de pétition, conférence de presse, sensibilisation sur la place publique, …

Nous nous sommes engagés dans une campagne pour une sélection publique à l’encontre des promoteurs qui maintiennent ou rendent vide leur patrimoine urbain. A l’aide d’une pétition, soutenue par des associations, nous visons à l’irrecevabilité urbanistique de fait des promoteurs qui persévéreraient dans ces procédés. Les habitants sont décidés à mener leur revendication à son terme. Nous dépassons les 2 000 signatures. 

Cette revendication déborde largement de la problématique Heron pour poser un problème d’économie politique essentiel à l’avenir de la Région. Si tous les promoteurs en Région bruxelloise maintenaient, par convention, leur bien occupé jusqu’à l’octroi des permis nécessaires à leurs projets, un nombre impressionnant de logements supplémentaires seraient mis sur le marché à des prix moindres vu leur caractère temporaire. Cette revendication pourrait être lourde de retombées positives pour un public exclu du logement par la hausse des loyers.
 

Voilà maintenant dix ans que cinq de leurs maisons pourrissent sur pied rue de Stassart. Et, pour être assuré qu’elles ne se rénoveraient pas toutes seules, le promoteur, propriétaire précédent, les avait équipées de palissades inclinées qui drainent les eaux de pluie à l’intérieur ! Tandis que les maisons et les commerces du site qui sont encore occupés ont été préservés et entretenus.  Elles sont magnifiques : larges cages d’escaliers, authentiques moulures, jeux de lumières, cheminées en bois et en marbre, ferronneries,…

Trois événements nouveaux ont néanmoins jeté comme un air de printemps : une nouvelle majorité communale, un nouveau comité de quartier « XL Nord » et enfin, l’espérance diffuse d’une reprise du dialogue. Il y a un mois les habitants ont accepté de mettre leurs griefs et leur prévention de côté pour inviter chacun à un moratoire de réflexion sur l’avenir du site. Pendant la durée du moratoire chacun s’abstiendrait d’attitude agressive envers les autres. Les habitants et commerçants s’engageraient à stopper toute campagne médiatique, associative ou juridique visant à mettre le promoteur au ban urbanistique. Les nouvelles autorités ixelloises devraient avoir la courtoisie extrême de ne pas poursuivre le promoteur de taxes sur les maisons vides. Quant au promoteur, il s’abstiendrait de tout processus en expulsion. Ce sursis permettrait d’envisager de nouvelles bases de consensus pour un projet futur plus respectueux du quartier et de la ville. Notre moratoire, a déjà porté ses fruits. La commune s’est immédiatement ralliée à notre demande de concorde des parties. Et sans être déjà officiellement signé, les différents interlocuteurs se sont donnés des gages de meilleure conduite.

Affaire à suivre…


 Comme on le lira en tête de page, ce dossier a connu un heureux dénouement fin juin 2002.  A noter qu'il avait également été envisagé d'installer à cet endroit le "casino de Bruxelles" et même le "musée de l'Europe", projets aujourd'hui abandonnés...
Contact XL Nord :   Grace FAES   0486 36 50 20

 
Le 30 juillet 2001, au petit matin, un incendie criminel a ravagé l'immeuble de la rue des Chevaliers qui abritait
l' "Îlot Soleil", communauté culturelle alternative de la capitale.

Igor, un jeune d'artiste d'origine ukrainienne y a perdu la vie.


 
L'HEUREUSE SOLUTION FINALE !

Heron Plaza, une plus-value de 90 logements

Lundi 24 mai 2004, la société Heron Belgium qui vient de recevoir le feu vert administratif entame le chantier de démolition du projet Heron Plaza, avenue de la Toison d’Or. 

Jeudi 27 mai, le président Hanotiau de la Chambre du Conseil d’Etat rejette les requêtes en suspension et en extrême urgence introduites par Inter-environnement, le Bral et
Pétitions/Patrimoine, contre le second permis de bâtir accordé par la Commune d’Ixelles au projet Heron Plaza. 

Dans son arrêt, non seulement le Président Hanotiau déboute-t-il  les associations patrimoniales dans
leurs requêtes en suspension, mais encore anticipe-t-il largement sur le fond. 

Pour le quartier et ses habitants alliés en la demeure à ses commerçants, l’affaire était close de longue date : depuis l’accord donné en juin 2003 à l’issue de la concertation officielle sur Heron Plaza. Précédemment les habitants s’étaient opposés pendant deux ans de lutte et de procédures aux
deux premières versions du projet, Heron City, authentique bunker de loisirs industriels. Puis un processus de concertation volontaire avait pris la relève pour rencontrer et gommer les appréhensions réciproques. 

Dans les diverses réunions publiques de mai 2003, la présentation du troisième projet Heron Plaza avait fait davantage que soulager les habitants ; ceux-ci pouvaient aussi bien être séduits par la qualité architecturale du projet que par la diversité des fonctions, ils y étaient d’autre part écoutés dans le
souci d’équilibre social de l’accès au logement. 

Unanimité pour l’A.I.S Comme Chez Toi 

En mai 2002, leurs dernières revendications:la compression des gabarits, la réduction de la
circulation et la réaffectation du patrimoine à l’abandon extérieur au projet avaient été appuyée par
une pétition de 1 400 signatures. Celle-ci avait été soumise à la commission de concertation et ses
arguments repris dans son avis. 

Le chantier d’Heron Plaza démarré dans le brouillard et dans l’incertitude se poursuivra donc dans la quiétude juridique. 

Est-ce pour les habitants déjà le bonheur ? En tout cas l’événement n’est-il pas arrivé seul ! 

Le 27 mai, soir même de l’arrêt du Conseil d’Etat, coïncidence heureuse, ou auspices favorables, le Conseil Communal d’Ixelles approuvait à l’unanimité le projet d’Agence immobilière sociale
"Comme chez Toi". En des temps immémoriaux, le comité XL-Nord avait promu cette initiative pour anticiper et appuyer une solution de rénovation des trois petits chancres de la rue de Stassart. Les immeubles avaient fait depuis l’objet d’une convention volontaire de cession par Heron Belgium à la Commune d’Ixelles. Il s’agissait dans l’esprit de la concertation volontaire initiée par le Comité
XL-Nord d’y réaliser une dizaine de logements, à prix socialement accessibles. 

Ainsi, l’arrêt du Conseil d’Etat et la décision du Conseil communal concourent à mettre l’accent sur le tronçon manquant de ce qui se profile désormais, sur le territoire d’Ixelles, comme l'un des programmes de revitalisation d’îlots à l’abandon les mieux achevés. 

Les habitants s’ils ne sont pas en fin de course, ont désormais creusé l’écart avec le projet initial.
Ils peuvent y discerner, comme sous un ciel lavé après l’orage, la perspective du chemin parcouru en 4 ans. C’est le tracé d’un axe citoyen, parsemé d’embûches et de doutes, qui traverse de part en part le projet de sa genèse à sa conclusion. 

Chronologie d’un ballet d’Etat !

Le permis de bâtir d’Heron Plaza accordé le 7 octobre 2002 avait été suspendu par le Conseil d’Etat le 18 juillet 2003 cependant que la Région instituait, le même mois de juillet 2003 une ordonnance de nouvelles charges d’urbanisme. Comme de droit, l’ordonnance était attaquée devant le Conseil d’Etat, par les associations patronales du bâtiment. 

La Commune octroyait finalement un permis de bâtir corrigé le 1 septembre 2003, partiellement rétroactif, cependant qu’à la mi-janvier 2004, la Région retirait son ordonnance de charges d’urbanisme. Charge aux uns et aux autres de se démêler dans ce tissu d’actes, de portées rétroactives et de recours juridiques en sens divers ! 

Propulsée dans cette galaxie de sacs de nœuds, Julie De Groote, l’échevine des affaires juridiques d’Ixelles, se devait de tirer l’épingle publique du jeu. C’est tout à son honneur de n’avoir jamais négligé parmi les points cardinaux qu’elle pût trouver, celui de la citoyenneté de proximité ! 
Une nouvelle convention qui résolvait les autres fut nécessaire. Elle est bâtie sur le dispositif de la convention volontaire initiale, initiée par XL-Nord. Elle consiste à céder les immeubles 75 à 79 rue de Stassart à la Commune, mais avec un progrès:le calendrier de cession lié à un niveau significatif de travaux, rend le caractère effectif de la cession imminent. 

Cette convention et les événements législatifs et judiciaires des derniers jours, ont le mérite de resserrer le calendrier de chacunes des trois grandes opérations de cicatrisation de l’îlot. Auprès des 67 logements d’Heron Plaza, de la  dizaine du groupe P.M&B qui n’auront rien à leur céder sur le luxe,la dizaine d’appartements sociaux propriété de la Commune viendront à point pour donner au tableau la touche humaine souhaitable. 

Sur le terrain, les chantiers privés vont désormais bon train : celui de démolition d’Heron Plaza suit son cours, tandis que la rénovation de la première grappe d’immeubles délaissés, au carrefour des rues des Chevaliers et de Stassart a pris de l’avance sous l’égide du groupe P.M.& B. Leurs dix logements devraient être livrés début janvier 2005. Cette dernière rénovation avait été exigée par le Comité XL-Nord lors de concertation publique du projet Heron Plaza. 

L’option de rénovation citoyenne 

Comment rénover au mieux, à moindre coût, sur base d’un cahier de charges sociales, pour des habitants aux  moindres revenus, les trois immeubles reçus? 

Emphytéose de rénovation 

Dans cette première étude, le comité XL-Nord avait suggéré à la Commune d’Ixelles l’option d’une emphytéose de rénovation et de gestion sociale avec une association appropriée. Le montage juridique suggéré s’articule autour du prêt initial du capital de rénovation
consenti par un membre du comité en garantie des travaux. La Commune confie les immeubles à l’association pour les rénover et les gérer dans le cadre d’un cahier des charges sociales précis. Au
terme de l’emphytéose, le bien reçu à l’état de chancre revient en état d’habiter, à la Commune. 

La formule correspond peu ou prou aux logiques du plan Hutchinson "Pour l’avenir du logement",l’important subside régional en moins : propriété publique, rénovation et gestion privée, cahier des charges sociales. 

La perspective d’une nouvelle Agence Immobilière Sociale, fondée sur le récent accord de collaboration octroyé par la Commune à l’association "Comme chez toi" ouvre sur une seconde
hypothèse de rénovation. Les Agences Immobilières Sociales sont des associations dont la création est encouragée par la Région, avec pour mission de rechercher, de gérer et si nécessaire de rénover des immeubles en difficulté. Les logements sont ensuite affectés à un public social. 

La formule de l’A.I.S. a l’avantage sur celle de l’emphytéose d’être éprouvée, à tout le moins dans le logement en territoire bruxellois. Depuis peu, les A.I.S. bénéficient des conditions d’aide à la rénovation maximale en vigueur sur le territoire régional. 

Un calendrier de rénovation commun pour tout l’îlot 

La porte est ouverte. Au nom de la performance sociale, aucune concurrence ne doit être redoutée pour la qualité de vie et de participation des habitants dans la Cité. A ce stade, l’important est que le challenge soit lancé et qu’on y réponde dans un calendrier commun à toutes les parties de l’îlot. Ce n’est pas aujourd’hui que chacun voit combien l’exercice de citoyenneté des habitants peut être utile pour le bien public et l’intérêt général, que le comité XL-Nord se départira de son exigence de
concomitance de chacune des opérations immobilières de l’îlot:celles de croissance économique comme celle de la régulation publique et sociale. 

Les lisibilités de l’action citoyenne et de la régulation publique seront à ce prix ! Rien ne serait plus
contre-productif, pour l’action citoyenne que de voire son fruit différé et à la merci d’éventuelles tergiversations ou conjonctures politiques. 

Rien n’empêche plus que l’action publique de rénovation ne rejoigne enfin le train de la revitalisation de l’îlot. C’est tout le bien qu’on souhaitera au quartier XL-Nord, c’est tout le mal que le comité d’habitants s’y donnera:l’axe citoyen ! 

Grace Faes     juin 2004

 
 
 
chantier Heron - 18-9-2004

le vaste chancre qui endeuillait l'avenue
de la Toison d'Or a été éliminé en 
septembre 2004

à droite, vue depuis l'avenue des Drapiers
avec la tour de l'hôtel Hilton

chantier Heron - 18-9-2004 - dans le fond, à gauche, l'hôtel Hilton
 
photos © 2004  Thierry Willemsen

 
Fin juillet 2005, tout le projet a été racheté par ProWinko, un investisseur hollandais.
Il prévoit notamment la création d'un complexe commercial de 30 000 m² et d'un hôtel de 120 chambres.
Le chantier a démarré le 26 septembre 2005

 
16 mars 2006 - Le Conseil d'État a rendu un arrêt en annulation, estimant que la commune d'Ixelles n'avait pas assez motivé le caractère de chancre d'au moins 15 % des immeubles qui se trouvaient à l'intérieur de l'îlot. Conséquence :  le chantier est de nouveau à l'arrêt et tout est à recommencer. La plaie béante qui défigure le haut de la ville n'est pas près d'être cicatrisée.

 
LA QUATRIEME MOUTURE !

Fin avril 2006, le projet change de nom ! Ce sera...
"Entre-deux-Portes"

Avec 8 600 m² d'espaces commerciaux et 17 500 m²
de logements (108 appartements).

Le tout a été racheté par ProWinko, un promoteur hollandais qui compte débuter ses travaux en... novembre 2006. Qui vivra verra...


C'était trop beau ! A la mi 2007, on a élevé une forêt Cityscape sur le chancre...  Voir la suite ici.

 

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