| En 2008, cela fera
50 ans que les institutions européennes se sont établies
à Bruxelles. Il y a fort à parier qu’il faudra bien se résoudre
à faire d’ici là le diagnostic qu’on n’est pas parvenu à
développer une vision cohérente de la présence européenne
à Bruxelles. Cela ne signifie pas que le débat à ce
sujet soit resté au point mort pendant toute cette période,
bien au contraire.
Faute d’un compromis entre les États fondateurs, il s’est créé en 1958 une situation de fait qui a vu les institutions européennes se répartir entre Strasbourg, Luxembourg et Bruxelles. Pendant des années, cette question du siège allait entraver le développement d’une vision cohérente de la part des institutions européennes et belges. Sile sommet (1992) d’Édimbourg a mis un terme à cette situation provisoire, il n’a cependant pas marqué de véritable tournant. Même après cette question du siège, la marge de manoeuvre des institutions européennes reste extrêmement limitée et plusieurs États membres suivent avec méfiance toutes les ‘initiatives centralisatrices’. Tout cela a pour résultat que le développement de l’Europe à Bruxelles reste, comme avant, du ressort des autorités locales. Mais notre degré élevé de fragmentation institutionnelle empêche toute initiative à ce niveau. En outre, à la suite de l’approfondissement (Maastricht) de l’Union européenne et de son élargissement à 15 (1995) puis à 25 (2004) États membres, ce sont surtout des besoins fonctionnels qui ont déterminé l’agenda européen. En raison d’une structure institutionnelle locale pour le moins complexe, Bruxelles est constamment contrainte de courir après les faits tandis que la présence de l’Europe à Bruxelles est surtout envisagée en termes de mètres carrés… Le traité de
Nice (fin 2000) a confirmé l’importance de Bruxelles comme principal
centre de décision de l’UE. En plus de la présence de la
Commission européenne, du gros des activités du Parlement
européen, du Conseil des ministres, du Conseil Économique
et social et du Comité des régions, il a été
convenu que Bruxelles accueillerait à partir de 2004 les sommets
européens semestriels. Romano Prodi, qui présidait alors
la Commission, ainsi que le Premier ministre belge Guy Verhofstadt ont
profité de cette situation pour lancer un débat sur le développement
de ‘Bruxelles, capitale de l’Europe’.
Cette initiative a été perçue comme une volonté
déclarée de faire de Bruxelles bien plus que le siège
d’une série d’institutions européennes.
· Rôle de la Fondation Roi Baudouin La relation entre
Bruxelles et l’Europe touche de nombreuses personnes: la dimension européenne
de Bruxelles est un sujet de discussion et un thème de travail dans
beaucoup de milieux et de secteurs.
Le programme ‘Image de Bruxelles-Capitale’ de la Fondation a travaillé depuis les années 90 autour de quelques projets importants et symboliques de l’espace public dans la capitale, notamment le Tracé Royal, le Mont des Arts et le Parc du Cinquantenaire en tant qu’élément majeur du réaménagement du quartier européen. En outre, la problématique du quartier européen et la présence des institutions européennes à Bruxelles sont abordées au travers des activités du Fonds Quartier européen, dont la Fondation assure la gestion. Quatre tables rondes informelles ont été organisées en mars 2005. Chacune d’entre elles a réuni de 12 à 15 participants ayant une vision sur la relation entre Bruxelles et l’Europe et désireux de l’exposer et d’en débattre. Il s’agit de figures clés issues de tous les secteurs de la société et de tous les niveaux de pouvoir, tant fédéral qu’européen, régional ou local. La Fondation Roi Baudouin n’a pas présenté elle-même de vision ou de thème bien précis. Chacune de ces discussions a ainsi pu avoir sa dynamique propre. La présente
synthèse établit un diagnostic et une analyse de ces discussions.
Elle est exclusivement basée sur ce qui a été dit
lors des tables rondes, indépendamment de savoir qui a dit quoi
au cours de quel débat.
2. Diagnostic: living apart together? A. La capitale physique · Absence d’une
vision urbanistique globale
· Le carcan du quartier européen Par rapport au projet
de l’implantation européenne à Bruxelles, ce manque de vision
urbanistique globale se traduit par la concentration des principales institutions
européennes dans ce qu’il est convenu d’appeler le ‘quartier européen’.
Au fil des ans, celui-ci en est arrivé à fonctionner comme
un carcan physique pour l’administration de l’UE. Il s’est transformé
en une zone de bureaux quasiment monofonctionnelle, qui manque de lisibilité
architecturale et de qualité symbolique. Même au centre du
quartier européen, on ne trouve pratiquement aucun élément
indiquant qu’on se trouve bien dans la capitale de l’Europe. "On doit croire
les guides touristiques sur parole".
· L’avantage de la situation centrale du quartier européen D’un autre côté, la présence des institutions européennes au cœur de la ville est également perçue comme un atout par bon nombre de personnes. Contrairement à Luxembourg et à Strasbourg, par exemple, où les institutions ont été établies dans un campus en périphérie, cette implantation offre des perspectives d’ouverture sur la ville. Mais ces perspectives sont entravées par des considérations de sécurité et d’autres objections pratiques. · Le manque d’infrastructures de qualité et de grands projets prestigieux En raison de l’absence d’une vision urbanistique globale et de la fragmentation institutionnelle, il est devenu impossible aujourd’hui de réaliser des projets de prestige et de grands travaux d’infrastructure. Les rares sites d’une certaine taille que compte Bruxelles sont dès lors morcelés en ‘mini-réalisations’, sans unité ou vision globale. C’est une occasion manquée, étant donné que de tels sites peuvent exercer une fonction de levier pour un quartier ou même pour la ville tout entière. · L’intégration des écoles européennes dans le tissu urbain Les débats
sur l’implantation des écoles européennes démontrent
également ce manque de vision d’ensemble. Les écoles européennes
influencent fortement le mode d’établissement des Européens
en attirant ceux-ci dans certains quartiers de la ville. En ce sens, elles
peuvent donc entraîner une décentralisation de la présence
européenne. Une implantation bien réfléchie de ces
écoles pourrait contribuer à une meilleure répartition
de la présence européenne à Bruxelles.
B. La capitale vécue · Les atouts d’une ville multiculturelle Un consensus assez
large s’est dégagé parmi les participants pour estimer que
la réalité multiculturelle et cosmopolite de Bruxelles était
aussi un puissant atout. Bruxelles a toujours été une ville
très multiculturelle, tant en raison des flux migratoires que de
sa situation à la frontière entre les cultures germanique
et latine. Son statut bicommunautaire a également été
jugé comme un élément favorable par plusieurs intervenants,
qui ont argumenté qu’il procurait des avantages en termes d’ouverture,
de multilinguisme, etc.
· Un nouvel élan pour Bruxelles grâce à la présence européenne La présence européenne a aussi clairement donné un nouvel élan à la ville et y a insufflé une vie nouvelle. Songeons entre autres au repeuplement du centre-ville, à la rénovation de nombreux logements délabrés (‘sablonisation’), à la prospérité économique de la ville et à la revitalisation de quartiers que cette internationalisation a entraînée et entraîne encore (rue Dansaert, prospérité du commerce et du secteur horeca dans le centre-ville, etc). · Des univers parallèles Une large convergence de vues s’est dessinée, surtout parmi les intervenants belges, pour dire que cette médaille a aussi son revers. Même si Bruxelles est très multiculturelle, les communautés coexistent surtout les unes à côté des autres. Les ‘Européens’ semblent vivre dans un monde parallèle, dans des enclaves aussi bien mentales que physiques (le centre et le S-O de la ville). Ils créent leurs propres services et réseaux: écoles, crèches, magasins, lieux de détente, clubs, etc. · Un manque de participation citoyenne des Européens Un autre reproche adressé aux Européens, qui constituent pour le moins une importante élite économique à Bruxelles, est de n’être pas suffisamment ancrés dans la vie sociale bruxelloise. S’ils sont de grands consommateurs de culture, leur intégration citoyenne par une participation active à la vie politique, culturelle et sociale de la ville laisserait davantage à désirer. · Dualisation de la ville Par ailleurs, l’internationalisation
de Bruxelles entraîne une dualisation de la ville et un développement
à deux vitesses: d’une part un groupe de Belges aisés et
d’Européens qui travaillent dans la ‘European agglomeration economy’,
d’autre part des catégories sociales défavorisées
de plus en plus nombreuses, composées de Belges en situation de
précarité, d’étrangers issus des pays traditionnels
d’émigration des années 60 et 70 (généralement
d’origine turque ou marocaine) ainsi que de réfugiés ‘économiques’
et ‘politiques’ plus récents. Manifestement, tous les Bruxellois
ne profitent donc pas de la même manière de la présence
européenne. Bruxelles fait partie d’une des plus riches régions
d’Europe tout en étant confrontée à un taux de chômage
de près de 25%. C’est ce qu’on appelle le ‘paradoxe bruxellois’.
· ‘L’euro-aversion’ bruxelloise La dualisation qui résulte de la présence européenne et du traitement de faveur (revenus élevés, écoles subventionnées, exonération d’impôts, etc.) des fonctionnaires européens provoquerait d’autre part une certaine aversion vis-à-vis de l’Europe auprès d’une partie notable de la population bruxelloise (comme en témoigne la baisse du pourcentage des opinions favorables à l’Europe dans l’Eurobaromètre). Ces constats débouchent sur un consensus: il y a un manque évident de lieux de rencontre où les mondes bruxellois et européens pourraient dialoguer entre eux. C. La capitale imaginée · Problème d’image: Bruxelles, ville bureaucratique Que signifie pour Bruxelles le fait d’être capitale de l’Europe? La fonction de capitale semble être avant tout une construction mentale dans le chef des citoyens (dans la ‘carte mentale’ des Européens). En tant que principal siège administratif des institutions européennes, Bruxelles souffre surtout aujourd’hui, d’après plusieurs intervenants, d’une image de ville grise et bureaucratique. D’autres parlent d’un manque d’image ou d’un ‘profil bas’. Diverses explications sont avancées. La faute est souvent imputée à la fragmentation institutionnelle, qui empêcherait le développement d’une image forte et cohérente. D’autres arguments récurrents ont trait au manque de représentation européenne dans l’espace (le déficit esthétique et symbolique dans le quartier européen), à la relation classique d’amour-haine entre une capitale et sa périphérie, à l’absence d’un récit exaltant sur la capitale de l’Europe, à la mauvaise communication des institutions européennes et à l’absence d’un ‘public européen’ (European public sphere). · Déficit d’image Il est clair que l’image entourant Bruxelles comme capitale de l’Europe n’est pas ou est insuffisamment façonnée par les institutions bruxelloises ou européennes. C’est pour cela qu’il manque à Bruxelles une image forte comme capitale de l’Europe. Ce déficit d’image est comblé par des images fournies par les différents États-membres, qui regardent tous la capitale de l’Europe avec leurs propres yeux. C’est pourquoi l’image de Bruxelles est tributaire de l’attitude de chaque État-membre vis-à-vis de l’UE. Souvent, elle correspond au cliché qui représente ‘Bruxelles’ comme une menace pour les intérêts nationaux des États-membres. Par ailleurs, les États-membres exploitent aussi ce vide pour se profiler eux-mêmes. Au lieu d’être une émanation de l’idée européenne, Bruxelles sert de décor à une confrontation entre des intérêts nationaux. · L’attitude ambiguë de Bruxelles vis-à-vis de l’Europe L’une des conséquences indirectes de cet état de fait est que les Bruxellois eux-mêmes ne sont pas suffisamment fiers de la fonction de capitale européenne exercée par leur ville. Aussi bien le manque de communication que l’implantation maladroite de l’UE ont provoqué une sorte de traumatisme qui empêche la dimension européenne de faire partie intégrante de l’identité et de l’authenticité de la ville. · Une forte notoriété comme capitale de l’Europe Bien entendu, la présence
européenne procure aussi toute une série d’avantages. En
termes de notoriété, la fonction européenne de Bruxelles
est un atout indéniable pour la ville. Bruxelles est ainsi devenue
l’un des lieux les plus médiatisés et les plus cités
au monde et il va de soi que la ville en profite.
· Une porte sur le monde pour la Flandre et la Wallonie La présence de l’UE à Bruxelles n’a pas seulement suscité de l’intérêt à l’étranger: en Belgique aussi, on observe un intérêt croissant. Aux yeux de nombreux Wallons et Flamands, Bruxelles est devenue l’endroit où il est possible d’entrer en contact avec le monde. En ce sens, la présence européenne contribue aussi à améliorer l’image de Bruxelles dans les autres parties du pays. D. La capitale institutionnelle · Bruxelles, capitale de l’Europe? Bruxelles est aujourd’hui le principal centre de décision de l’UE. Il n’y a aucun doute là-dessus. Cependant, l’idée d’en faire la capitale légitime de l’Union européenne est un projet volontariste. Le résultat et la portée d’un tel projet dépendront de l’interaction et de la coopération entre les différents acteurs concernés. · Who is going to be the operator? La question qui se
pose alors est de savoir qui va porter ce projet, si nous le voulons.
· Un manque de communication entre les institutions belges et européennes Bien qu’ils soient liés, le projet bruxellois et le projet européen semblent se développer indépendamment l’un de l’autre. Le manque de communication entre ces deux démarches alimente les irritations et les reproches mutuels quant aux difficultés de l’intégration de l’Europe à Bruxelles. · Pas de vision sur le développement de Bruxelles comme capitale de l’Europe La conséquence de tout ceci est que les principaux acteurs institutionnels ne parviennent pas à développer une vision sur le développement de l’Europe à Bruxelles. On a déjà indiqué à ce sujet qu’on ne sait pas clairement ce que représente le fait d’être la capitale de l’Europe et qu’aucune réponse convaincante n’a encore été donnée à cette question. Plus grave encore, selon certains, est l’absence de débat. Selon d’autres, il y a bien un débat, mais un débat très étroit, mené dans des cercles restreints (responsables politiques locaux, promoteurs immobiliers, architectes) et essentiellement basé sur des considérations fonctionnelles: il porte sur le nombre de mètres carrés de logements et de bureaux, et par surcroît uniquement dans le quartier européen. On reproche aux institutions belges un opportunisme économique et aux institutions européennes un manque d’intérêt pour la ville. Cela donne lieu à une collaboration basée sur des motivations exclusivement utilitaires et des intérêts immédiats (immobilier, écoles européennes, etc.). Le blocage institutionnel des deux côtés et le manque de communication entravent même cette collaboration purement fonctionnelle. · La prise de conscience des principaux acteurs institutionnels Une amélioration est perceptible depuis quelques années. Tant du côté bruxellois qu’européen, on semble avoir compris que cela ne pouvait pas continuer de la sorte. Depuis le commissaire Kinnock, un vent nouveau souffle sur la politique immobilière de la Commission à Bruxelles et le commissaire Kallas maintiendra ce cap. Il y a une volonté de la Commission de collaborer plus étroitement avec les autorités belges. La Commission européenne dispose aujourd’hui d’un commissaire chargé des relations institutionnelles et de la stratégie de communication. C’est nouveau. Désormais, on communiquera plus clairement avec les citoyens. Un point d’information commun (Commission, Conseil et Parlement européen) sera aussi installé au rond-point Schuman. Cela permettra une meilleure communication à destination des citoyens belges et des visiteurs étrangers du quartier européen. Du côté belge aussi, il semble que les choses s’améliorent et on observe un changement manifeste dans la position des partis politiques bruxellois vis-à-vis de l’Europe · Le ‘modèle bruxellois’ Bien qu’à peu près tout le monde s’accorde à penser qu’il manque à Bruxelles un projet de ville et que la fragmentation institutionnelle empêche une politique cohérente, certains pointent également les avantages d’une telle situation. Un premier argument important est que la complexité institutionnelle est le prix à payer pour une gestion non conflictuelle d’une ville pleine de contradictions. Ce qu’on appelle le ‘modèle Bruxellois’ est souvent comparé à celui d’autres villes où on n’est pas parvenu à une résolution pacifique des problèmes et des conflits, comme Belfast ou Jérusalem. Un deuxième argument est que l’absence d’une vision imposée d’en haut laisse beaucoup de place à des initiatives venues de la base et qui peuvent bourgeonner un peu partout dans la ville. Bruxelles connaît d’ailleurs une forte tradition en matière de mouvements de contestation et d’organisations de base. · Le problème du financement Si la présence européenne entraîne de toute évidence de nombreux avantages économiques pour Bruxelles, la fonction de capitale internationale de la ville occasionne aussi des coûts. Selon certains, la Région de Bruxelles-Capitale ne pèse pas d’un poids assez lourd pour pouvoir assumer – autrement dit, financer – cette fonction. La présence des institutions européennes implique des efforts et des investissements démesurés pour une ville de moyenne importance comme Bruxelles. C’est pourquoi il faut réenvisager, à l’avenir, le financement de la fonction de Bruxelles comme capitale internationale. 3. Analyse: opportunités, menaces, propositions A. La capitale physique: Associer l’Europe à un projet de ville pour Bruxelles Il y a eu un consensus sur la nécessité absolue de développer un projet de ville ainsi qu’une vision de la place de l’Europe dans ce projet. Cela signifie concrètement qu’il ne faut pas uniquement envisager le quartier européen et ne pas réfléchir seulement en termes de m². Comment faire alors? Les propositions à ce sujet peuvent être résumées en quatre catégories. · Le besoin de lieux de rencontre De petits aménagements de l’espace peuvent être des instruments utiles pour rapprocher l’Europe de la vie quotidienne du citoyen. En effet, ces aménagements influencent la vie des gens et peuvent donc modifier leurs actes et leur mentalité. Une attention toute particulière a été accordée à la nécessité de créer des espaces de rencontre: des endroits physiques dans la ville où les différentes communautés peuvent se retrouver. D’où aussi la nécessité d’investir dans l’espace public, qui doit être conçu de manière à pouvoir recréer des occasions de rencontre. Il s’agit donc de créer des lieux de rencontre dans les quartiers de Bruxelles dans l’espoir de modifier les actes quotidiens et la mentalité des gens et de les ouvrir davantage au contact avec ‘l’autre’. · Au-delà du minimalisme ou de la mégalomanie On a souvent souligné l’importance de grands travaux d’infrastructure et de projets de prestige. En raison d’une sorte de ‘traumatisme néo-Vanden Boeynants’, Bruxelles semble rejeter les projets de grande envergure. Cela a engendré ces dernières années un grand nombre de réalisations minimalistes et dénuées de tout effet, à cause du morcellement de sites qui présentaient pourtant un grand potentiel. Il reste aujourd’hui à Bruxelles entre 5 et 10 sites inoccupés qui pourraient encore accueillir des projets d’une certaine ambition. Il faut lancer un débat pour y mener de grandes réalisations combinant le fonctionnalisme de Vanden Boeyenants à des aspects de durabilité, de mixité, etc. · Le besoin de symboliser et d’esthétiser la présence européenne Un autre plaidoyer souvent entendu a défendu l’idée d’une revalorisation esthétique et symbolique destinée à permettre une plus grande ‘lisibilité’ de la présence européenne dans le tissu urbain bruxellois et à faire en sorte que les visiteurs puissent au moins prendre conscience qu’ils se trouvent au cœur de l’Europe. C’est surtout la demande d’une architecture de qualité qui a été formulée. · Le quartier européen, centre de la capitale de l’Europe Une unité de vue s’est aussi dessinée parmi les intervenants sur la nécessité absolue de rendre le quartier européen plus attrayant, en veillant à le décloisonner et à l’ouvrir sur la ville. Le quartier européen doit redevenir un pôle d’attraction, tant pour les Bruxellois que pour les visiteurs. Pour cela, il faut y attirer des activités urbaines qui briseront son caractère monofonctionnel. Un certain nombre d’intervenants se montrent néanmoins sceptiques face à la faisabilité de tels scénarios. Ils mettent en garde contre le risque d’encore réduire la qualité de vie dans le quartier européen. Á l’opposé, d’autres ont exprimé la crainte qu’une bureaucratisation accrue des règles d’urbanisme n’empêche toute amélioration du quartier. Propositions concrètes · Associer
l’Europe à un projet de ville intégré pour Bruxelles
B. La capitale vécue Généralités · Bruxelles comme terrain d’expérience Un certain nombre de propositions et de scénarios voient Bruxelles jouer une fonction expérimentale. Bruxelles pourrait donc jouer son rôle de capitale en servant d’espace de réflexion pour tester en situation (‘learning by doing’) des habitudes et des pratiques nouvelles. Des valeurs européennes fondamentales, basées sur le principe de l’unité dans la diversité, comme le dialogue interculturel et l’ouverture, seraient au centre de cette démarche. Bruxelles ne doit pas seulement faire preuve d’ouverture vis-à-vis de l’Europe et des Européens, mis aussi vis-à-vis du reste du monde. · Un espace d’interaction Il importe de stimuler les interactions entre les différentes communautés que compte Bruxelles et de promouvoir les expériences partagées. C’est sans doute de cette manière que l’on pourra donner naissance, à partir de la pratique quotidienne, aux nouveaux mythes et traditions dont l’Europe a tant besoin. Les aspects formels et institutionnels pourraient ainsi se refléter dans des aspects informels et immatériels (sociaux, culturels). Il se peut que cela contribue aussi à surmonter la dualité actuelle entre la dimension internationale et ‘paroissiale’ de la ville. · La ville comme médium Un tel scénario impliquerait que les institutions européennes s’ouvrent à la ville. Il faut pour cela qu’il y ait un rapprochement entre l’Union européenne et les organisations bruxelloises (théâtres, musées, organisations sociales, BRAL, etc.) autour de centres d’intérêt et de projets communs. · Un risque de ghettoïsation et de segmentation croissantes Selon certains, il y a encore beaucoup de pain sur la planche si nous voulons rapprocher l’univers quotidien de Bruxelles et de l’Europe. Ainsi, les écoles européennes ne pourront plus accepter à l’avenir que les enfants des fonctionnaires européens. De telles évolutions augmentent le risque de ‘ghettoïsation’ des Européens à Bruxelles. · Une internationalisation au détriment des Bruxellois? D’autres mettent en garde contre des scénarios trop optimistes. Ils craignent que si nous allons au bout de la logique actuelle, le développement de Bruxelles comme capitale de l’Europe ne se fasse au détriment des Bruxellois. Dans un scénario de ce type, il paraît difficile de concilier la fonction internationale et sociale de la ville: la poursuite de l’internationalisation ne pourra que favoriser une plus grande dualisation, une hausse des loyers, etc. Propositions concrètes · Bruxelles comme terrain d’expérience * Création
d’une haute école ou université européenne à
Bruxelles
· Un espace d’interaction * Stimuler la coopération
entre des écoles bruxelloises, européennes et internationales
sous la forme d’échanges, d’activités et de projets communs,
etc.
· Accroître la participation citoyenne des Européens * Droit de vote aux
élections régionales
C. La capitale imaginée Généralités · ‘A capital
in the hearts and minds of the people’
· Le choix d’une capitale ‘soft’ ou ‘light’ Quel sens Bruxelles peut-elle donner au concept de capitale de l’Europe? Le rapport Prodi/Verhofstadt de 2001 a mis en évidence la nécessité de redonner un contenu au terme de ‘capitale’. Les participants aux tables rondes ont également fait part de leur préférence pour un concept ‘doux’ (‘soft’ ou ‘light’) de capitale, qui ferait de Bruxelles le centre d’un réseau et non pas le sommet hiérarchique de celui-ci. · La nécessité d’une image forte Quant à savoir comment y parvenir, les avis ont été partagés. Il est rapidement apparu que la mise sur pied de bonnes stratégies de communication ne suffirait pas. Alors que les uns ne misent pas du tout sur de grandes stratégies de communication, d’autres ont souligné l’importance croissante de l’image dans la concurrence que se livrent les grandes villes. Certains ont plaidé pour des stratégies traditionnelles de ‘city marketing’ positionnant le ‘produit Bruxelles’ comme capitale de l’Europe. · Une image durable partant de la réalité multiculturelle bruxelloise D’autres encore ont prôné une sorte d’image durable de la ville, faisant intervenir non seulement des éléments économiques, mais aussi sociaux, écologiques, politiques et culturels, bref une stratégie de ‘city imaging’, qui permettrait à la présence européenne et multiculturelle de ‘percoler’ dans l’authenticité bruxelloise par la symbolique et l’imagination. Ainsi, 30 % des jeunes Bruxellois de moins de 20 ans sont musulmans: ils doivent eux aussi pouvoir se retrouver dans cette image. · Le rayonnement de Bruxelles doit aussi rejaillir sur la Flandre et la Wallonie Bruxelles est plus que les 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale. Il existe en effet à tous les niveaux une interaction constante entre les différentes Communautés et Régions de Belgique. C’est pourquoi Bruxelles ne doit pas uniquement servir de plateforme où les autres Communautés et Régions entrent en contact avec le monde: le rayonnement de Bruxelles doit aussi rejaillir sur elles. Propositions concrètes
· Sensibiliser et impliquer les Belges qui travaillent au sein de l’UE · Sensibiliser et rééduquer les Bruxellois en vue d’un meilleur accueil · Rendre les Bruxellois plus fiers de leur ville · Par la mise sur pied d’activités – culturelles – communes · Créer un réseau avec d’autres sièges des institutions européennes, comme Strasbourg et Luxembourg, en vue d’échanger des ‘bonnes pratiques’ et d’instaurer une politique d’implantation cohérente. * Mise sur pied de
stratégies ciblées de ‘city marketing’, entre autres par
du benchmarking, la mise en valeur des atouts touristiques, etc.
D. La capitale institutionnelle Généralités · Une demande
de réformes institutionnelles
· Amélioration
de la communication entre les acteurs bruxellois et européens: vers
un projet commun
· Lourdeurs
institutionnelles contre projet dynamique: un sujet sensible
Propositions concrètes · Structuration
de la communication et de la coopération entre les acteurs institutionnels
européens et bruxellois
· Accroître la cohérence de l’approche bruxelloise * Réorganisation
institutionnelle à long terme: fusion des 19
communes et décentralisation vers des conseils de quartier à
créer
· Accroître
l’implication des institutions européennes dans le développement
urbain
· Financement * Réenvisager
le financement de la fonction de capitale internationale de Bruxelles.
4. Pour ouvrir des perspectives Bruxelles est le principal centre décisionnel de l’UE. Mais faire de Bruxelles la capitale de l’Europe, c’est une tout autre histoire et c’est un projet volontariste. La question qui se pose alors est de savoir qui veut porter ce projet. À première vue, les acteurs institutionnels bruxellois et européens paraissent être les partenaires les plus évidents. La volonté de réaliser un tel projet est également présente dans les deux camps – quoique un peu plus peut-être du côté bruxellois. Cependant, les deux parties ne forment pas un tout cohérent. Elles se composent l’une et l’autre de différents acteurs, qui ont chacun leur vision et leur agenda propres. C’est entre autres pour cette raison que la marge de manœuvre est extrêmement réduite de part et d’autre. Du côté bruxellois, la paralysie semble surtout être due à un manque de cohérence alors que du côté européen, il est clair que le projet visant à faire de Bruxelles la capitale de l’Europe ne suscite pas le même enthousiasme chez tout le monde. Bruxelles et l’Europe donnent parfois l’impression de ne pas être du tout des partenaires. Même sur les aspects purement fonctionnels et organisationnels, il semble qu’il y ait un manque manifeste de concertation. L’absence de projet de ville empêche Bruxelles de tirer parti de la présence européenne au profit de la ville et de ses habitants. · Une coopération structurée Pour améliorer l’organisation pratique de l’accueil de l’Europe à Bruxelles, il faut rechercher des solutions au niveau des institutions. Un large consensus s’est dégagé quant à la nécessité absolue de mettre sur pied une coopération structurée et une meilleure communication entre les acteurs bruxellois et européens. La forme précise de cette coopération n’est pas encore claire. · À long terme, briser l’impasse institutionnelle Il y a également une unanimité sur le fait que des réformes institutionnelles énergiques s’imposent pour dynamiser tout ce dossier. Les propositions les plus fortes sont sans conteste celles qui visent à supprimer les 19 communes et à attribuer des compétences culturelles à la Région de Bruxelles-Capitale. Cependant, Bruxelles étant la clé de voûte d’une construction institutionnelle belge complexe, la faisabilité de telles propositions est incertaine. Les sensibilités sont grandes, les institutions sont lourdes et leurs réformes sont lentes. C’est pourquoi ces propositions ont tendance à être perçues comme des solutions pour le ‘long terme’. · Scénarios à court et moyen terme D’où la demande
souvent exprimée d’imaginer des scénarios applicables dans
le cadre du carcan institutionnel en vigueur. La plupart de ces propositions
vont dans le sens d’une centralisation de toutes les compétences
en une personne mandatée ou un organe chargé de traiter tous
les aspects liés à la présence européenne,
et ce sous la forme d’un ‘mister Brussels’, d’un commissaire du gouvernement
ou d’une task force. En contrepartie, il y aurait aussi un ‘mister Europe’
qui pourrait nouer une concertation directe avec son homologue bruxellois.
Ceci pourrait créer un cadre opérationnel permettant de régler
avec pragmatisme des problèmes surtout d’ordre pratique. Dans le
meilleur des cas, le débat actuel sur l’implantation de l’administration
européenne à Bruxelles pourrait se transformer en un débat
sur une implantation durable de l’administration européenne à
Bruxelles.
· La voie non-institutionnelle: des ouvertures au travers de la ville Compte tenu de la
rigidité du champ d’action institutionnel, la ‘voie non-institutionnelle’
gagne du terrain. La diagnostic a clairement fait apparaître qu’il
existait beaucoup plus d’opportunités au niveau de la ‘capitale
vécue’.
Une ouverture vers la ville semble ainsi constituer le premier pas permettant de sortir de l’impasse au niveau de la capitale institutionnelle. 5. Un rôle pour la Fondation Roi Baudouin? Lors des débats,
les intervenants ont régulièrement fait allusion au rôle
que pourrait jouer la Fondation Roi Baudouin. En bref:
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| La Fondation Roi Baudouin utilisera la présente synthèse pour élaborer les lignes de force du programme ‘Image de Bruxelles Capitale’ pour les années 2006-2008. |
| concours "Les sentiers de l'Europe" | |
| les sommets européens à Bruxelles | |
| liaison entre les deux pôles européens | |
| AQL - Association Quartier Léopold comité de quartier | |
| l'aspect historique de ce dossier ! | |
| l'avenir ! non à un troisième pôle européen ... |
| si vous souhaitez en savoir plus...
The Capital of Europe par Carola Hein Greenwood Publishing Group
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autres langues |
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