Le
grand
Sablon

Le Bruxellois parle "du Sablon"...
En fait, il faut bien distinguer entre le 'petit',
au caractère historique confirmé et le 'grand'.
 
 
 
Au XVI siècle, quelques nobles, et non des moindres, les d'Egmont, les Culembourg, les Bréderode. les Mansfeld, s'établissent au haut du Sablon et dans la rue aux Laines.  Les Lannoy, les Lalaing, les Tour et Taxis, les Solre imitent leur exemple, si bien qu'au XVIle siècle, le quartier du Sablon s'affirme comme le quartier le plus aristocratique et le plus opulent de la ville.  Des fêtes et des ommegangs s'y succèdent. Isabelle y abat le papegai et est proclamée reine de l'arbalète ; l'archiduc Léopold-Guillaume y est acclamé, à son tour, roi du tir.  Son peintre en titre, David Teniers, compose, en 1652, en souvenir de cet événement mémorable, un de ses meilleurs tableaux ; Antoine Sallaert peint les processions pittoresques qui se déroulent autour du sanctuaire, tandis qu'un graveur distingué burine six planches commémorant les grandes fêtes qu'en 1686, à l'occasion de la prise de Bude, le prince de Tour et Taxis donne dans son hôtel du Sablon.

La plupart de ces somptueuses demeures ont disparu.  L'hôtel de Tour et Taxis n'existe plus, l'hi5teI de Bournonville a été morcelé, les maisons spacieuses, qui bordaient le Grand Sablon, ont été divisées, reconstruites ou mutilées.  Le palais d'Arenberg ou d'Egmont, au haut du Petit SabIon, et quelques hôtels, rue aux Laines, sont les seuls qui rappellent, encore la splendeur d'autrefois.

Pendant que la noblesse des Pays-Bas espagnols se pressait autour de l'église du Sablon, des gens de moindre condition alignèrent leurs modestes demeures le long de l'église même, vers le Petit Sablon et vers la rue Bodenbroeck.  Du même côté se trouvait de Reusenschucre, c'est-à-dire la grange où on remisait les géants après chaque sortie de l'ommegang.  Près du portail s'était perpétué l'ermitage qu'un solitaire avait fondé jadis dans le désert du Sablon ; en 1605, Marguerite Gramaye, la sœur de l'historien, fut autorisée à le reconstruire sur le cimetière, vers le midi, de manière «à avoir une fenêtre regardant vers l'église et convenable à sa dévotion». Elle s'adjoignit deux autres recluses et toutes trois vivaient d'aumônes.  La dernière ermite de cette fondation étant morte en 1756, l'archevêque défendit d'en admettre d'autres et le Magistrat fit abattre immédiatement le vieil ermitage.
 


 


 
 
 

 
 
 
 


 
 

 
 
 
 
Voir le tableau "la Procession 
des Pucelles au Sablon" par
Antoine Sallaert qui reprend
la façade du n° 43.
 
Les eaux des sources du
Sablon ont recueillies
dans un aqueduc bien
caché !

 

 
 
 
 
 
 

 


 

 

 

Le Grand Sablon était au moyen âge une plaine sablonneuse et déserte dont le centre était occupé par un marais appelé le Zavelpoel (le marais du Sablon).  Le voisinage de la chapelle de Notre-Dame, érigée par les arbalétriers en 1304, amena sa transformation.  Des habitants vinrent s'y fixer et dès 1320, la ville y établit le marché aux chevaux (supprimé en 1754)  Lorsque le quartier du Sablon et de la rue aux Laines devint, au XVIe siècle, le quartier aristocratique par excellence, on vit s'élever tout autour de la place des hôtels seigneuriaux, dont les tableaux de Sallaert nous ont conservé l'attachant souvenir.  Au milieu du XVIIe siècle, le Zavelpoel disparut pour faire place à une fontaine.

Descendons le Grand Sablon.  Aux angles de la rue Sainte-Anne, deux pignons, dont celui de droite, jadis den Gulden Baert, est mutilé, tarndis que celui de gauche, n° 14, est resté debout.  On y retrouve les gradins traditionnels, et dans le gâble même, une fenêtre à écoinçons qui révèle l'ancienneté de la maison ; celle-ci pourrait bien remonter au XVIe siècle.  C'était, au XVIlle siècle, une boulangerie, In den.Engel. La maison a été reconstruite, en 1925, par l'architecte De Kock.  Elle a pris pour enseigne In den groenert Engel et décore d'une façon pittoresque l'angle de la Place et de la rue Sainte-Anne.
Plus bas, au n° 10, un pignon à volutes et à gradins ; au n° 6, une construction Louis XIV ; au n° 4, une maison datée de 1728.  Dans le fond de la place un pignon à gradins avec couronnement semi-circulaire, daté de 1567 (n° 49).  Ce millésime a sans doute été recomposé et appliqué sur une façade plus récente.
A côté de cette maison, à droite, se trouvait l'église du couvent, des Lorraines.
En cet endroit débouchent trois rues qui offrent une perspective intéressante.  Dans la rue de Rollebeek on découvre les restes de quelques pignons anciens.  L'un d'eux, à côté de la maison d'angle, est daté de 1759.  Le n° 44 a conservé son pignon à gradins, mais une partie de la façade a été stupidement mutilée.
De la rue Joseph Sieverrs nous avons une superbe vue sur l'église de Notre-Dame de la Chapelle.
Au fond de la rue des Minimes s'élèvent le dôme imposant du Palais de Justice et l'église des Minimes.

Remontons la place.  Tout ce côté était admirablement bâti au XVIle siècle, comme le montrent les tableaux de Denis Van Alsloot « la Procession au Grand Sablon » {musée du Prado} et d'AnItoine Sallaert « la Procession des Pucelles » {musée de Turin}.  Le premier de ces tableaux dépeint fidèlement les façades depuis le Grand Mayeur jusqu'à la rue de l'Etoile (la rue Ernest Allard actuelle).  Au musée royal des Beaux-Arts de Bruxelles on trouve également deux tableaux de Sallaert, qui nous montrent les maisons qui masquaient l'église vers le Grand Sablon, ainsi
que les hôtels seigneuriaux, situés en face de l'église et au Petit Sablon.
Presque immédiatement en remontant la place. nous rencontrons les restes d'une construction en encorbellement qui date du XVIIe siècle.  C'est le n° 43, Au Grand Moyeur, jadis Au Comte d'Egmont.  Les deux arcs en encorbellement que nous y voyons encore, sont les restes d'une construction disparut dans le courant du XIXe siècle.
La maison n° 39 était, au XVIIe siècle, plâtrée et blanchie à la chaux.  Elle fut rebâtie au XVIIIe siècle et servit de local, vers 1850, à l'Ecole royale de Gravure, créée par arrêté royal du 23 juillet 1836, dont Calamata fut le directeur.  Le n° 38 voisin était encore en bois au XVIle siècle, comme le prouvent les tableaux de Sallaert et de Van Alsloot.  Le peintre E. Leroy y habitait vers le milieu du siècle dernier.
Le n° 37 était l'hôtel du comte de Lalaing, jadis une superbe et élégante construction, ornée de pinacles.  Non moins belle était la maison voisine (n° 36), en style gothique fleuri, avec bretèque saillante appuyée sur deux colonnes.  Elle était habitée, au XVIIIe siècle, par le comte de la Dos d'Empremy 

Dans la rue Ernest Allard, au n° 15, une maison au millésime 1633 inscrit dans un cartouche.  Le gâble est élégant et bien proportionné; les fenêtres, larges et peu élevées, rappellent encore les formes constructives du XVIe siècle.  La plaque du marteau de porte, du XVIIe siècle, existe encore, mais le battant a malheureusement disparu.  La rue a été continuée jusqu'au Palais de Justice.

Ici un peu d'histoire. Entre la rue Ernest Allard, jadis la rue de l'Étoile. et le n° 14 de la place du Petit Sablon, se trouvaient deux hôtels historiques remarquables, l'hôtel de Wemmel vers le bas et l'hôtel de Tour et Taxis, vers le haut.
L'hôtel de Wemmel fut construit d'une manière somptueuse par Maximilien Transsylvanus, humaniste et secrétaire de Charles-Quint. dans la première moitié du XVIe siècle.  C'était un palais à l'italienne.  Au haut de l'édifice se trouvait la divine philosophie montrant la route qui conduit aux astres.  L'hôtel passa aux comtes de Solre qui le possédaient en 1639, ensuite au marquis de Westerloo.  A la fin du XVIIIe siècle, il appartenait au marquis de Wemmel-Argenteau.  Vers 1816, il passa au baron d'Hooghvorst et fut démoli en 1828, lors de la construction de la rue Coppens, nom de l'architecte François Coppens, qui possédait à cette date cette vaste propriété. 
L'hôtel de Tour et Taxis était non moins somptueux.  Il fut construit, également dans la première moitié du XVIe siècle par les Tour et Taxis, surintendants des Postes impériales.  En 1782, il était habité par le marquis de Chasteler, littérateur et historien.  Walkiers de Gammerages l'acheta ensuite et le vendit, en 1790, aux Carmélites qui étaient rentrées à Bruxelles à la faveur de la révolution brabançonne.  En 1798, l'hôtel fut vendu comme bien national et divisé en plusieurs lots.  Dans l'église que les religieuses avaient fait élever s'installa la loge des Amis Philanthropes.  Toutes ces constructions disparurent lors du percement, en 1872, de la rue de la Régence.


 

www.sablon.org

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