LA SWANZE

l'art de vivre bruxellois…

&

…le brusseler


 Bruxelles possède trois parlers populaires : le jargon français [la verdurière m'a rendu trois francs trop court ], le jargon flamand [suske ès ne wallebak ] et le marollien. On pourrait même en citer un quatrième, l'argot ou le "bargoensch" (étudié assez savamment par Isidoor Teirilink et P. Hermant).

Le marollien est agonisant : seules quelques vieilles gens de la rue Haute parlent encore cet amalgame de flamand et de wallon. Les Marolliens de souche se reconnaissent à l'habitude qu'ils ont d'intercaler fréquemment la particule "tch" dans leur parler. Ils disent par exemple lotch hem goên (laissez-le aller), alors qu'à Molenbeek, second berceau de la culture populaire bruxelloise, on dit lot hem goên.
 
 

IL Y A "A BOIRE…"
 
 

La bière est à la zwanze bruxelloise ce que l'oeuf est à la poule ; en d'autres mots, elle en est la cause et la conséquence.

Le rappel des qualités brassicoles de notre région ne peut se faire sans d'abord se souvenir du lieu où se déroulèrent durant des siècles les plus mémorables "zatte processies" de l'histoire de la métropole : l'estaminet.

ESTAMINET (ou cavitje, chapelle, staminei). Le mot estaminet est purement flamand ; il viendrait de l'espagnol esta un minuto. Un endroit où l'on passe en hâte boire un verre. Différents auteurs risquent une autre hypothèse et pensent simplement qu'estaminet dérive d' "estaim" (étain). Jusqu'au XVII ème siècle on se servit du mot "estamoie" qui désignait un pot à couvercle, à une ou deux anses, contenant plusieurs pintes, généralement en étain mais parfois aussi en orfèvrerie ou en verre. L'endroit où l'on se servait d' "estamoies" ne pourrait-il pas être l'estaminet ?

D'autres pensent que "stamenij","stamenee" dans le dialecte ostendais pourrait dériver de "stam" dans l'acceptation de "famille".

D'après les vieilles chroniques, écrit "Volk en Staat" (26/08/1941), au cours des réunions de famille, les hommes ingurgitaient un nombre considérable de "pots", ce qui déplaisait aux épouses. Les maris piqués, décidèrent de se réunir là où leurs femmes n'auraient pas accès. Les réunions continuèrent sous l'appellation de "stam" qui devint "staminet".

D'aucuns font encore dériver "stamence" de "stamelen" (bégayer) infirmité passagère provoquée par l'ivrognerie.

Enfin, en Flandre, des tenanciers pour attirer l'attention des voyageurs, inscrivaient sur la façade "Sta, Mijnheer" (arrêtez-vous, Monsieur). Cette expression devint proverbiale au point que pour inviter un ami au cabaret on lui disait : " Veux-tu venir avec moi au Sta Mjnheer ?'.

CUYTE : nom d'une vieille bière bruxelloise. Est-ce elle qui aurait donné naissance à l'expression "avoir la cuite" ?

FARO:  célèbre bière bruxelloise. "Le nom de la bière bruxelloise viendrait-il de ce qu'en la buvant, on a l'esprit plus lucide, qu'on voit plus clair ?" (H.Van Vreckhom)

Le nom de faro a été donné par les Espagnols à notre bière à cause de la ressemblance de sa couleur avec le vin de Faro, cru du Portugal très estimé en Espagne."

M. Harou (folklore de Godarville-1893), pense autrement "le nom de la bière si chère aux Bruxellois dérive du mot castillan "farro" : liqueur d'orge. Selon Larousse, le "farro" est un potage espagnol qui se fait avec de l'avoine cuite dans du bouillon gras ou maigre, ou dans un lait d'amande.

Une expression disparue et qui datait du temps où les chevaux abondaient à Bruxelles : quand l'un d'eux faisait pipi et que son urine moussait sur les pavés, les ketjes disaient "Y fait du faro !"

Le faro est en fait un mélange de lambic à 5.5° avec de la maes, édulcorée au moyen de sucre. Hé tap.pe ze faro, doe tappe ze bee (ici on soutire du faro, là de la bière) : se chante en voyant un boiteux.

GUEUZE : la plus populaire des bières bruxelloises. "Un savant écrit M. Gironino dans le "Bulletin de l'Union Civique", nous apporte à propos de la "gueuze" une indication plus précise et peut-être à tout prendre digne de confiance : il est question dans un conte de 1760, d'un certain Gueus, brasseur bruxellois, qui aurait donné son nom à une bière spéciale inventée par lui".

Une explication, plus ingénieuse que scientifique, a été donnée par J. Diencx dans "Souvenirs du Vieux Bruxelles" : ce nom paraît lui avoir été donné par les Français qui ne se doutant pas de la force de cette bière et voyant qu'après en avoir seulement ingurgité un couple de verres, ne pouvaient plus faire usage de leurs jambes, tout en conservant la tête très saine, s'écriaient "Cette gueuse de bière !"

LE LAMBIC: mis en bouteille, prend le nom de gueuze. C'est un mélange de lambic jeune et de lambic vieux. Après un été de bouteille, cette bière, d'un goût spécial, obtient sauf accident un moelleux, une mousse et un bouquet parfait directement assimilable par l'estomac, les sucres ayant été fermentés à 100 %.

HALF EN HALF : boisson composée moitié de faro, moitié de lambic (et non pas, sacrilège, moitié de vin blanc, moitié de champagne comme au Falstaff !)

KRIEK : bière bruxelloise qui se fabrique en juillet par adjonction de 60 kg de cerises de Schaerbeek à tête plate, par tonneaux de 250 l de gueuze. Elle est mise en bouteille au début de l'hiver, après décantation.

LAMBIC : ce mot dérive-t-il d'alambic, l'appareil utilisé en brasserie ? Une autre solution, qui ne repose que sur une vague assonnance voudrait en vain, rattacher le nom d'une bière bruxelloise au nom de Lembeek, bourg brabançon.

La fermentation du lambic est très longue et demande au minimum un an, parfois deux ou trois, avant qu'on obtienne la finesse et le bouquet caractéristique. Le lambic pur avec addition de sucre sera le lambic doux tandis que la gueuze est un lambic sec, non sucré (ce qui en fait la seule bière permise aux diabétiques). Lors de l'exposition de Bruxelles de 1910, deux chimistes prouvèrent par analyse qu'un litre de lambic équivaut en valeur nutritive, à 200 g de pain, 180 g de viande, 72 cl de lait !

PANACHÉ: mélange de lambic doux et de gueuze au tonneau.
 
 



Vocabulaire complémentaire

Ce relevé serait incomplet si nous ne citions une autre boisson typiquement bruxelloise, malheureusement oubliée…

COCO : coco boisson rafraîchissante préparée avec du bois de réglisse et de l'eau, vendue par les marchands de coco, colporteurs qui déambulaient en portant sur le dos un bac de zinc peint. Le récipient central contenait le coco encadré de deux colonnettes pointues. L'une renfermant de l'eau pour rincer les verres accrochés par des crochets, l'autre les ingrédients nécessaires à la fabrication de la boisson. Sur la face postérieure du bac se détache en lettres flamboyantes cette typique inscription 'Marchand de coco - herberg opstraat (estaminet à la rue).

Dans "Le Peuple" du 15/09/1929, G. Thuns a interviewé l'un des derniers marchands de coco de Bruxelles dont voici la recette :

Des bâtons de bois de réglisse pilés au marteau, du caramel pour colorer, un peu de menthe pour aromatiser. Le tout placé dans une bourse à étamine suspendue dans l'eau du réservoir. Cela pendant minutes et le coco est prêt.

Avant la guerre de 14, le verre de coco était vendu une cen (2 centimes).
 
 

L'art du marchand de coco et surtout celui du brasseur bruxellois, n'est pas une science que l'on assimile en deux heures (encore moins en 2 minutes).

Il faut des années avant de jongler avec le "Bacillus Viscoses Bruxellensis", qui fait filer le lambic, avec les excès des jeunes bières qui font sauter les bouchons (plus de 3 millions de bouteilles de gueuze furent perdues à Bruxelles en 1948).

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... ET "A MANGER" !


 Ballekes, caricoles, cervolas, smoutebollen, stoemp,... voilà quelques spécialités bruxelloises !

BAZOEF : de l'espagnol bazofia (relief de repas), nourriture peu ragoûtante. La plus importante maison de bazoef se trouvait rue de l'Épée. Des ouvriers triaient les restes des restaurants du centre, amenés dans de vastes tonneaux par un camion à 2 chevaux. Avec le `bon`, on faisait du bazoef agrémenté de salade et de petits oignons, vendu aux gens du quartier. Avec le reste, on préparait des aliments pour les bêtes.

Les plongeurs des restaurants, eux, récoltaient les moindres morceaux de graisse qu'ils vendaient aux maisons de bazoef pour la préparation de "keukevet" dont les petites gens se sservaient pour frire le poisson.

BLOEUTANCH:sorte de gros boudin d'un diamètre d'environ 10 cm, fait de sang, de farine et de morceaux de gros lard toujours servis en grosses tranches. Le bloempanch est appelé aussi bufsteik mè roeite (du beefsteak avec des carreaux) et jambon du Congo.

BOESTRINK:hareng saur. Il y eut à Bruxelles une société pour l'avancement des sports aéronautiques qui s'appelait "Boestrinkclub"

Boestrink in gruute teneu (hareng saur en grand uniforme) : personne maigre, efflanquée.

COUQUES DE SUISSE : elles faisaient avant la guerre de 1914, les délices des petits bruxellois. C'étaient des agglomérats informes de pâte parsemée parfois, de raisins noirs. Une sauce au beurre et du sucre brun, complétait le goût de cette friandise qu'il faut appeler "couilles de suisse" [ couilles ; du bas latin : coha; latin : coleus; grec : Koleos].

Les attributs des citoyens de la libre Helvétie n'ont rien à voir dans cette dénomination. Il s'agit plutôt de ceux des gardes suisses du Vatican, dont les culottes de peau collantes mettent en relief leur vigoureuse virilité. et nos friandises ont vraiment la forme de ce qu'elles représentent...

KIIPKAP : déchets de viande réduits en morceaux et enrobés dans de la gelée. Le mot "kipkap" est une onomatopée rappelant que la viande a été hachée menu avant d'être enrobée dans sa gelée au vinaigre. A Bruxelles, on dit aussi vlees dee ni kan hange (viande qui ne peut être accrochée).

POTTEKEIS : fromage composé moitié de fromage de Bruxelles. moitié de fromage blanc.

" Quetie corbeau Sul tek d'un arbre stainpé"  Tenait dans sbec en pottekeis" ("Fable de Quetje Corbeau", par Coco Lulu)

Recette du pottekeis :

vous prenez des parts égales de fromage blanc (plattekeis) et de fromage de Bruxelles (ettekeis), vous mélangez, vous ajoutez de la moutarde, vous hachez des échalottes, vous travaillez bien le tout ; vous y versez en mélangeant bien une demi-geuze. Vous laissez reposer un peu et vous dégustez.

SCHOLLE:  plie séchée.

A scholle (vieille plie séchée) : insulte.
 
 

Il existe enfin un dernier mot du vocabulaire zwanze qu'il faut connaître: ajoen !

Désigne un oignon mais aussi un agent de police !

A. De Cort rapporte que les gamins se moquent des agents de police de la façon suivante : Wa doot à mèke in de soep? (Que met ta mère dans la soupe ? Et les ketjes de répondre en choeur : Ajoen

Ajoen, a gat es broein ! (Agent ton cul est brun) : insulte que lançaient les ketjes aux policiers.
 
 

… le brusseler
 

et la notion de
schieve-architekt


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